Caïn peine à sortir son cheval des marais. La jeune fille qui l’accompagne n’a d’yeux que pour lui, et pourtant il ne fera rien pour la soustraire au viol des villageois qui les sauvent des marais. Il va rejoindre Abel, qui veille le cadavre de sa mère depuis déjà quatre semaines. Découvrant que la défunte était une sainte, Caïn entrevoit la possibilité de s’emparer grâce à elle du fameux « or des menhirs ». Il convainc la putain du colonel des bandits ailés, un atroce cannibale qui se prend pour un chien, de l’accompagner. Dans un déluge de chair et de sang, il croise des hommes-nonnes, des cardinaux, des vautours, et des papillons… Mais où Jodorowsky va-t-il chercher tout cela ? On ne peut être qu’admiratif devant l’imagination délirante de ce maître, qui continue d’inventer des personnages aussi bien loufoques que mystiques, mus par des forces ésotériques ou bestiales, au sein d’univers grandioses et sordides… Le dessin somptueux de Ladrönn sert ce délire à merveille. Le résultat est un western métaphysique qui tient du chef d’oeuvre… ou d’une farce absolue, selon que l’on se prête ou non à ce jeu burlesque. Les fans seront une fois de plus comblés, les autres seront soit au bord de la nausée, soit ébahis par cet ovni. Je suis ébahi. (A.J. et H.T.)
Abel (Les fils d’El Topo ; 2)
JODOROWSKY Alejandro, LADRÖNN José