Un parc magnifique où coule une rivière… Dans ce cadre apaisant, Grażyna trouve la force de se confier à Lucjan, un compatriote polonais. Il vit, comme elle, dans ce « centre de santé mentale » qu’elle ne sait pas localiser. Elle lui raconte comment au début de leur mariage, Wojtek et elle partageaient la même passion des voyages atypiques et aventureux. Puis, de retour à Varsovie, les voilà rentrés dans le moule : un appartement, un enfant, un chiot, un chaton… Mais Wojtek, recruté dans une agence de presse, se lance avec succès dans les reportages de guerre et part souvent au loin. Elle tente de l’accompagner comme photographe : c’est un échec ! Alors, isolée dans l’attente et l’angoisse d’une nouvelle fatale, elle perd la notion du temps et rétrécit son espace de vie, tout en aiguisant sa lucidité jusqu’à s’en rendre malade. Grażyna Jagielska, journaliste, traductrice et romancière polonaise, décrit les ambigüités d’un couple en parfaite symbiose jusqu’à l’épanouissement de l’un au détriment de l’autre. Plus son mari est pris par son travail qui l’enthousiasme et lui permet d’accéder à la célébrité, plus elle est hantée par les images insupportables et les récits atroces que Wojtek lui rapporte, ceux-là même qui lui valent sa renommée et finissent par le culpabiliser. De ces confidences de victime collatérale, vestale au foyer du nomade, émane une souffrance pudique et digne portée par un style à la fois sobre et envoûtant. Ce roman autobiographique, fait d’allers et retours savamment maîtrisés, est un surprenant témoignage et un émouvant gage d’amour (blessé) pour son mari. Il est aussi un récit très prenant et très actuel qui suggère, entre autres, une réflexion passionnante autour de la médiatisation des conflits et des guerres, de 1989 à 2008.
Amour de pierre
JAGIELSKA Grażyna