De la nature des dieux

LOBO ANTUNES António

À Cascais, près de Lisbonne, « Madame », vieille femme maîtresse d’une immense propriété, raconte sa vie à une jeune libraire. Elle est fille de « Monsieur », homme puissant et dominateur, qu’elle n’a jamais aimé. La mère de « Madame » a été rapidement délaissée par son mari. Le domestique Marçal, personnage énigmatique, double de « Monsieur », veille sur la maisonnée. Cupide et sans scrupules, « Monsieur » a construit sa fortune à partir d’affaires et trafics divers en association avec le dictateur vieillissant. Il collectionne les maîtresses, « clowns » au service des hommes, qu’il méprise…  Dans ce huis clos étouffant de cinq cent trente pages à plusieurs voix entremêlées, António Lobo Antunes raille les puissants qui gouvernent le monde et leur dédain envers un entourage de courtisans. Ce sont aussi les relations entre les êtres qu’il croque de façon parfois très noire ou mordante, à travers des réflexions percutantes et une galerie de portraits de personnages sans noms d’une humanité désespérée et désespérante. On retrouve, peut-être encore plus marquée, l’écriture si particulière de l’écrivain (Au bord des fleuves qui vont, NB mai 2015), forte, incantatoire, fragmentée, hachée, obsédante, pénétrante. Cette virtuosité stylistique qui se joue des conventions séduit, perturbe, mais peut aussi décourager tant l’originalité de la construction brouille la clarté du récit. (A.M. et M.-N.P.)