Inès, soixante-dix ans, est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle fut belle et hautaine, cette impérieuse mère de famille madrilène. Pourtant la voici, telle une reine déchue face à son mari, modeste fonctionnaire, qui maintenant peut l’aimer sans subir son mépris. Quant à leurs deux enfants, au fur et à mesure de l’évolution de la maladie, ils se déstructurent et voient leur vie amoureuse profondément ébranlée. Tandis qu’Inès perd la tête, elle, le pivot de la famille, chacun muré dans sa solitude, ses mensonges et dérobades, se demande qui se cache derrière le visage de ceux qu’il a cru aimer.
Ce désarroi lié à l’incommunicabilité s’exprime par touches très subtiles, confirmant le talent et la maturité de ce jeune auteur espagnol remarqué pour La soeur de Katia (NB novembre 2006). Ainsi la description de la déchéance d’Inès présentée en quatre actes, comme une tragédie à la Pinter, confère-t-elle au récit une intensité qui va crescendo ; sans pathos mais néanmoins bouleversant par son empathie, le roman plonge, par paliers successifs, au plus profond de l’analyse des personnages dans leur cruelle et morbide complexité.