Garance est l’ado type : mal dans sa peau, fagotée en gothique, fascinée par la mort, sans chaleur avec sa psy et son père, veuf, qui vit seul avec elle. Elle fait la connaissance d’un être troublant, échevelé au teint cadavérique, engoncé dans un immense pardessus noir, qui parle aux statues du cimetière voisin. Une amitié étrange s’installe entre Garance et l’inconnu qu’elle découvre peu à peu ; il ne sort que la nuit, déteste les miroirs, et est attiré par le sang au moment où Garance se blesse. Un vampire ?
Dans la veine actuelle, si « tendance », des oeuvres de vampires, Mauricet entre par la grande porte de la qualité. C’est avec un art consommé du récit qu’il fait naître cette relation entre une gamine en pleine recherche d’identité qu’il rend attachante, et cet être venu d’ailleurs à la personnalité complexe. Il est presque touchant par sa méconnaissance du monde des jeunes, par la délicatesse de ses sentiments et son souci de cacher sa vraie nature. L’auteur, grâce à son dessin d’une grande précision campant des personnages réalistes autour de la jeune héroïne, crée un monde où l’humour ne manque pas, empli de poésie avec les phrases souvent sibyllines du roman Le Rouge et le Noir. Il sait donner envie de retrouver rapidement Garance.