Après avoir accompagné sa famille à l’aéroport de Roissy, Hakim, auteur de BD, aperçoit dans le RER un sac abandonné. Convaincu qu’il contient une bombe, il court prévenir le conducteur à l’arrêt Gare du Nord. Devant son regard, il se sent coupable ; n’a-t-il pas le profil idéal d’un terroriste, teint mat, barbe fournie et jogging trop court ? Paniqué, il s’enfuit. Dehors, il se rend compte qu’il a perdu son portefeuille dans sa course. C’est sûr, les policiers ont son signalement, savent où il habite, l’attendent chez lui ! Hakim fonce dans Paris, a l’idée de se réfugier chez un ancien pote, dealer…
La fuite éperdue de Hakim est le prétexte de monologues intérieurs faisant le point sur son identité et sa place de Français basané, musulman, tandis qu’un narrateur extérieur donne des renseignements sur son avancée. Ses pensées tourbillonnantes, lucides, énervées (sur la situation des descendants d’immigrés africains et nord-africains en France) ou paranoïaques (sa certitude d’être traqué), sont rendues dans un style oral qui apocope et agrège certains mots pour en rendre la musicalité et le rythme, nerveux et percutant. Il y a de la colère, du fatalisme, de l’autodérision et de l’humour, de l’émotion… Une odyssée tragi-comique habilement menée et sociologiquement passionnante. (M.D. et J.G.)