Stripteaseuse à Pigalle dans sa jeunesse, Irène, accro à la marijuana, traîne comme une poupée de chiffon sa fille Eva depuis l’âge de quatre ans dans des festivals hippies, à Marbella, Ibiza ou à Paris à la Coupole, lieux fréquentés par une faune fêtarde et souvent peu recommandable. Elevée par son arrière-grand-mère, Mamie, dans une chambre de bonne, deux étages au dessus de sa mère, Eva sèche souvent l’école. La mère tient le père hongrois à distance de l’enfant et s’adonne à sa nouvelle passion pour la photographie en faisant poser sa fillette nue dans des poses porno. Mamie prie et ferme les yeux. Un double inceste pourrit leur relation. Dans un style haché, avec des phrases courtes évoquant des clichés photographiques, Eva Ionesco raconte son enfance volée par sa mère, hippie, droguée, totalement déséquilibrée. L’enfant est traitée comme une copine, son désespoir et la quête du père absent tournant à l’obsession sont occultés par l’égoïsme de la mère exerçant tour à tour un chantage matériel ou affectif. Inspiré de sa propre histoire, Eva Ionesco, dans une langue familière, parfois grossière, signe un premier roman très fort, accablant, honnête, qui laisse le lecteur groggy devant une telle situation familiale. (E.Ca. et S.L.)
Innocence
IONESCO Eva