La brigade du silence

COUSSEAU Alex, DUTERTRE Charles

Oncle Jo, Papa Tom, Maman Bou et Sergent Pok : une famille pas tout à fait comme les autres ! Ces drôles de petits hommes verts vivent dans une chaussure, une chaussure à roulettes style rangers, confortablement aménagée comme une vraie maison. Seule ombre au tableau : le bruit, bruit ambiant à l’entour ou même bruit que chacun d’eux pourrait faire. Pas facile d’y échapper ! Un bruit en appelle un autre dans un effet domino catastrophique. Voyez simplement : Pok est allergique à la poussière ; s’il éternue, de fil en aiguille, Chester le chien va se réveiller et… aboyer. Aussi la famille a-t-elle pris les choses en mains : elle s’est organisée en brigade anti-bruit. On gave Chester de croquettes pour qu’il dorme ; pour bannir l’aspirateur à poussière, roi des nuisances domestiques, on garde les moutons ; on bouche le lavabo pour qu’il ne glougloute plus. Mais quand Lizzy débarque tout en éclats de rire aura-t-on le cœur de la chasser ?  

Alex Cousseau ne peut faire que des émules avec une telle campagne contre les nuisances sonores ! Son apologie du silence cible plaisamment trois nuisibles connus de tous : les aboiements de chiens, le ronflement intempestif d’un aspirateur et les bruits de la tuyauterie. Face à ces agressions, une équipe soudée où le sexisme n’est pas de mise, le bricolage à Maman Bou, la cuisine à Papa Tom, la garde des « troupeaux » à Oncle Jo.  A chaque problème sa solution farfelue qui met en œuvre les talents et l’organisation de la brigade, façon pompier en exercice ; la polyvalence s’impose lors des interventions d’urgence, chacun trouvant spontanément sa place. Pour être amoureux du silence, on sait également reconnaître les pépites sonores d’un rire d’enfant, les exclamations de la vie. Telle est la chute charmante de ce texte découpé en trois chapitres, trois petites histoires indépendantes, à enchaîner ou pas pour le plaisir et selon l’autonomie du lecteur. L’écriture est simple, musicale, jouant sur les allitérations et reprises, ponctuée d’onomatopées. Une histoire à écouter ou à lire tout seul comme un « vrai livre ». D’autant que l’illustration ménage de nombreuses haltes : elle est drôle, minutieuse, foisonne de détails en écho aux mots du texte qu’elle gorge de sens. Les personnages, hors du temps, y gagnent en cocasserie, avec d’improbables coiffures et des mimiques expressives, même en réduction. Le décor extravagant de bricolage coloré et débridé construit un univers de mécano, décoratif et décalé dans lequel le texte s’installe à merveille. (C.B., C.G. et L.G.)