C’est l’impitoyable traversée des déserts africains qui attend Abdou, candidat migrant à l’Eldorado européen. Du Niger à La Libye, le jeune Burkinabé enchaîne les paysages, les misères, les traditions du continent, ses paradoxes dont il est l’exemple accompli. Jouant de sa candeur – fausse ou vraie –, de ses talents de griot, à l’afût de la fragilité des êtres rencontrés, il profite de toutes les opportunités offertes ou provoquées, puisant son énergie dans son optimisme et son instinct de survie.
Nul reportage ou dessein polémique – on devine cependant les intentions de l’auteur – dans les entreprises d’Abdou dont l’itinérance est écrite dans une langue « fabriquée » par le narrateur : mixage de vernaculaire, de mots inventés et d’emprunts aux dialectes occidentaux. Langue qui donne vie à des images parfois insoutenables et sens à la réalité économique des contrées traversées. C’est aussi un passeport habilement utilisé où les histoires rassemblées en chapitres cohérents peuvent être perçues comme des fables ou évoquer des contes pénétrés de culture ancestrale. Une suite d’aventures où l’ironie tragique sert de masque au drame d’une partie de la jeunesse sub-saharienne.