Par un après-midi de mars, Dewi Ayu, la belle prostituée du village, morte depuis vingt et un ans, sort de sa tombe, détache son linceul et part, ses cheveux démesurément longs flottant au vent. Pourquoi cette mère de quatre filles, les trois aînées tellement belles et la dernière d’une laideur absolue, revient-elle parmi les vivants de Halimunda ? Un esprit malfaisant a-t-il jeté un sort à la famille ? Ce premier roman écrit en 2002 par l’auteur de L’homme-tigre (NB novembre 2015), se situe dans une ville imaginaire de Java dans la seconde moitié du XXe siècle. La fin de la colonisation néerlandaise, la guerre avec le Japon, la montée du communisme servent de toile de fond à l’histoire de trois générations de femmes. Un mélange de satire historique, de tragédie familiale, de légendes locales avec intervention de fantômes, raconté avec un humour ravageur, tantôt paillard, tantôt cynique. On rit, on s’émeut devant les descriptions de parades amoureuses. On frissonne de dégoût devant certaines exactions, on devient familier des esprits. Il se passe tellement de choses banalement étranges qu’on avale presque sans problème les 650 pages imprimées menu de ce roman ultra romanesque parfaitement dépaysant. (C.-M.T. et P.L.)
Les belles de Halimunda
KURNIAWAN Eka