Naissance

MOIX Yann

Yann Moix naît accompagné des injures paternelles et du dégoût assassin maternel. Comble d’horreur, on le découvre circoncis de naissance. Ses parents écoeurés confient son éducation à Marc-Astolphe Oh, ami fantasque furieusement érudit, se réservant coups, insultes et tourments divers qu’ils infligeront à leur fils. Ils peaufinent leur savoir-faire par un stage de torture enfantine. Digressions, réflexions, descriptions, reprises du récit : Marc-Astolphe devient le personnage central, atteignant l’apothéose dans la scène finale délirante d’une vente aux enchères où il s’enflamme pour une beauté qui le rejette. Son désespoir le conduit au suicide… Ces 1142 pages serrées de logorrhée presque toujours créative sont étourdissantes. Tout s’y trouve, la gaudriole paillarde et la théologie trinitaire, Tarzan et la Corée du Nord, un argot pornographique et le langage ampoulé aux métaphores saugrenues de Marc-Astolphe, une correspondance commerciale avec Vuitton et la mort bouleversante de Péguy. Les listes s’allongent, burlesques, savantes… La haine de soi, la hantise de la mort, le sadisme de la maltraitance, le judaïsme, le mépris de la société actuelle traversent ce texte multiforme, obsessionnel, encyclopédique, éminemment littéraire. Le lecteur abasourdi, éreinté, ne peut que murmurer un faible « Bravo ! »