Pierre Jouve est écrivain, réalisateur et photographe. À la recherche de photos insolites, il embarque pour quelques jours à bord du véhicule banalisé d’un policier et file toutes sirènes hurlantes vers les scènes de crime. Il découvre les sanctuaires de la peur, l’enfer de la délinquance et de la drogue dont on ne sort jamais, les prisons qui rendent fous, les services psychiatriques à l’abandon, mais aussi la folie ordinaire des gens « bien » dont la vie, un soir, disjoncte. Peu à peu s’établit une intimité avec les policiers qui le guident dans cette découverte du Paris « chaud », et l’on découvre qu’ils ont aussi leur part de souffrance et de violence qui permet à certains d’entre eux de mieux comprendre la délinquance. D’autres ne supportent pas les tensions qu’ils subissent.
Scénario de série B policière ? Certainement pas. Dans ce texte court et pénétrant, le regard subtil du photographe débusque les fêlures, décèle l’accablement des coupables comme des policiers, comprend la détresse de ceux qui passent « de l’autre côté ». Le texte, qui sacrifie parfois à la facilité, n’est pas dénué d’une certaine poésie, ombreuse et désespérée, d’où percent l’arrachement et l’abandon.