María Teresa, vingt ans, travaille depuis peu comme surveillante au Colegio Nacional de Buenos Aires, réputé pour son éducation irréprochable, berceau de l’élite. La guerre des Malouines vient d’éclater. Pour éviter toute velléité de subversion chez les collégiens, M. Biasutto, surveillant général, qui jouit du prestige d’être à l’origine de listes noires, exige la plus stricte application du règlement. La jeune fille, admiratrice innocente, va perfectionner sa vigilance jusqu’à l’obsession, en espionnant, dans les toilettes des garçons, les éventuels fumeurs.
L’auteur met en évidence le lien entre le collège, véritable îlot séparé du monde extérieur, et la dictature militaire argentine. À travers María Teresa, victime naïve du système, il révèle comment la discipline et le sens du devoir, poussés jusqu’à l’extrême, peuvent pervertir et conduire jusqu’à la soumission. Son travail ainsi entendu, la surveillante à la vie personnelle étriquée – mère cloitrée à la maison, frère trouffion aux rares nouvelles – se sent enfin utile. La précision et la densité du style font de ce récit un huis clos sensuel qui incommode parfois, mettant en situation de voyeur, mais invite également à la réflexion critique. La fin est une vraie libération.