Fils et petit-fils de baleinier, Takeru rompt avec la tradition familiale et s’installe très jeune à Kagoshima, ville portuaire que domine le Mont Sakurajima. Conducteur de tramway, jamais il ne s’est lassé de saisir entre deux rues ou deux immeubles, les vues changeantes du volcan. À la faveur d’une exposition de tableaux qui en propose de nombreuses variations et métamorphoses, ses souvenirs affluent. L’enfance, façonnée par la conscience aiguë des forces imprévisibles de la nature et pétrie de récits de chasse des grands cétacés, mêlant terreur et merveilleux. Sa vie se modèle sur la sagesse des anciens, leurs paroles, les gestes ancestraux, les femmes merveilleuses de sa famille. Bientôt il est père à son tour… Passerelles entre passé et présent, les peintures sont un fil rouge pour suivre l’histoire de cinq générations d’une famille japonaise durement touchée par l’éruption volcanique de 1914, les conflits mondiaux, le tsunami de 2011. Dans une écriture précise émaillée d’images sensorielles délicates, Michel Régnier, documentariste canadien qui a fréquemment séjourné au Japon, exprime avec une pudeur tout orientale les amours et les deuils ainsi que les bouleversements profonds qu’entraîne la modernité, sans manquer de souligner l’extrême vulnérabilité de l’homme.
Seize tableaux du mont Sakurajima
RÉGNIER Michel