Le froid glacial de Chicago enveloppe la profonde dépression de Will, 15 ans, introverti, idées suicidaires, sous médicaments. La hantise du regard des autres sur son amitié avec Tiny, le gars le plus gay de la classe, lui inspire une seule ligne de conduite : se taire et ne jamais s’investir. Bouffées d’oxygène, l’amitié d’une fille un peu imprévisible, Jane, et la rencontre sur Facebook d’un Isaac qui semble le comprendre, à qui l’on peut tout dire, et surtout inconnu de tous. Il s’en croît amoureux. Tout s’écroule quand il découvre qu’Isaac est un leurre inventé par Maura, la « partenaire de cafard idéale », et qu’un autre Will Graysson (est-ce son double ?) s’est lui aussi laissé prendre au piège…
La structure du récit fait alterner des chapitres à l’écriture classique à d’autres passages dont la rédaction se rapproche de l’expression des jeunes sur internet, jusque dans leurs expressions les plus crues. Au coeur du récit, comprendre l’autre, lui faire confiance et lui donner sa confiance : une analyse des cercles relationnels des grands ados, où le regard des autres est déterminant. Ces cercles de vie sont finement observés : copains et inclinaisons sexuelles, groupes, look, outils SMS et Facebook, concerts et groupes musicaux, famille — pas en si mauvaise posture — enfin loin derrière, l’école et le reste du monde. Cette hiérarchie socio-affective est l’objet d’une réflexion passionnante, mais complexe, dense car s’y ajoute des questionnements mineurs. Pour bons lecteurs.